Pour sa collection Printemps/Été 2026, Georges Chakra dévoile une garde-robe qui relève moins de la proposition saisonnière que d’une déclaration d’intention. La maison libanaise, reconnue pour son sens du volume et son goût de la construction, signe une silhouette qui cherche la tension juste entre ampleur et structure, tradition et projection.
Ici, la couture n’est pas un décor : elle est une architecture à porter. Chakra installe une femme dont l’allure ne cherche pas l’effacement. Les ourlets ballon dégagent la jambe avec assurance, les peplums sculptent la taille dans un geste net, les manches deviennent des points d’équilibre ou de rupture. Chaque pièce s’articule autour d’une idée centrale : une silhouette qui occupe l’espace sans le dominer, mais ne s’en excuse jamais.

Les références historiques affleurent, mais sans nostalgie. Les bustiers corsetés évoquent une ligne élisabéthaine réinterprétée dans une lecture contemporaine, tandis que certaines encolures hautes rappellent un formalisme adouci, presque poétique. Une idée d’armure traverse la collection, non pas dans une dimension martiale, mais comme un langage esthétique : corsages renforcés, volumes arrondis, broderies en relief qui deviennent des plaques ornementales. L’inspiration médiévale est là, discrète, traduite en matière et en texture plutôt qu’en citation directe.

Ce que la collection affirme avant tout, c’est le détail. Sur des silhouettes volontairement lisibles, Chakra concentre un travail d’embellissement patient : treillis perlés, incrustations précises, appliqués qui rythment les surfaces comme un tissage lumineux. À distance, les silhouettes demeurent pures ; de près, elles révèlent l’intensité du savoir-faire couturier. Ce double niveau de lecture donne à l’ensemble une densité particulière, sans surcharge.
La palette chromatique raconte elle aussi cette volonté d’équilibre. Les blancs, ivoires, nudes et ors pâles créent une lumière diffuse, presque minérale, perturbée par des nuances sorbet – lavande, abricot, melon – qui apportent une fraîcheur maîtrisée. Rien ne cherche l’explosion chromatique ; tout se joue dans la retenue, dans la nuance plus que dans le contraste.

La collection SS26 semble ainsi poursuivre un mouvement amorcé par la maison : celui d’une couture moins démonstrative, mais plus habitée. On retrouve les signatures de Chakra — volumes assumés, lignes précises, goût des matières — sans répétition. Tout est réinterprété sous un angle plus contemporain, plus intentionnel. Une couture de présence, plus que de spectacle.
Avec cette proposition, Georges Chakra dessine une figure féminine solide, libre de ses mouvements et de ses codes. Une femme qui utilise la couture comme un langage, une façon d’habiter le monde avec force et précision. Cette collection n’illustre pas une tendance : elle affirme une posture. Une manière de considérer la couture comme un territoire où l’élégance peut être puissante, où la précision devient expression, et où le vêtement fait acte.
