À seulement 23 ans, Matthyss Berthiaux, plus connu sous le pseudonyme @matt.brt, fait partie de cette génération qui a grandi avec les réseaux sociaux avant d’en faire un véritable métier. Originaire de Lyon et désormais installé à Paris, le créateur de contenu rassemble près de 4 millions d’abonnés sur TikTok, après avoir commencé à publier alors que la plateforme n’en était encore qu’à ses débuts. Plusieurs années plus tard, le paysage a profondément changé : professionnalisation de l’influence, multiplication des plateformes, poids grandissant des agences et, désormais, arrivée massive de l’intelligence artificielle.
Pour Epicurisme Mag, Matthyss Berthiaux se confie à Yanis Bargoin sur son parcours, mais surtout sur sa vision du futur de l’influence. Un univers qu’il connaît de l’intérieur, sans pour autant oublier qu’avant d’être créateur, il reste lui-même un utilisateur des réseaux sociaux.

Yanis Bargoin : Matthyss, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Matthyss Berthiaux : J’ai 23 ans, je suis originaire de Lyon et j’habite aujourd’hui à Paris. J’ai commencé sur les réseaux sociaux assez jeune. Pour TikTok, cela remonte à environ six ans. Tout s’est ensuite construit progressivement.
Tu as donc connu TikTok avant que la plateforme ne prenne l’ampleur qu’elle a aujourd’hui. Comment regardes-tu cette évolution ?
Cela fait effectivement plusieurs années que je suis dessus et énormément de choses ont changé. Aujourd’hui, TikTok fait complètement partie de notre quotidien. Personnellement, c’est toujours le réseau social que je préfère.
Pourquoi TikTok plutôt qu’Instagram ?
Pour sa facilité d’utilisation. Tu ouvres l’application et tu peux immédiatement commencer à scroller. L’algorithme apprend ce que tu aimes regarder et te propose des contenus qui te correspondent. C’est agréable lorsque tu veux simplement te vider la tête.
Mais il ne faut pas en abuser. Si tu es triste et que tu passes une ou deux heures à regarder des vidéos tristes, par exemple, l’algorithme va ensuite continuer à t’en proposer. Je pense qu’il faut avoir suffisamment de recul pour comprendre comment fonctionnent les réseaux sociaux et apprendre à bien les utiliser.
@matt.brt pov elle m’a apprit à faire sa danse
♬ оригинальный звук – Золотой
On entend régulièrement que les réseaux sociaux auraient rendu les nouvelles générations moins cultivées ou moins intelligentes. Qu’en penses-tu ?
Je ne suis pas vraiment d’accord avec ces comparaisons. On vit aujourd’hui dans un monde qui n’a plus rien à voir avec celui des années 2000. Il faut vivre avec son époque.
Je ne pense pas que les réseaux sociaux rendent forcément les gens « bêtes ». Il existe aussi énormément de contenus intelligents et ils m’ont personnellement permis de découvrir et d’apprendre beaucoup de choses. Tout dépend finalement de la manière dont on les utilise.
Que penses-tu alors de l’idée d’interdire ou de limiter l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs ?
Comme pour beaucoup de mesures, je pense qu’il y a du positif et du négatif. Cela peut être bénéfique pour protéger les plus jeunes de certains contenus ou de certaines dérives.
Mais les réseaux sociaux peuvent également permettre à certaines personnes de s’évader lorsqu’elles rentrent chez elles, de découvrir des choses ou de trouver des communautés auxquelles elles s’identifient. Il n’y a pas que du mauvais sur les réseaux. Je peux donc comprendre l’idée d’une réglementation, mais il faut aussi reconnaître leurs aspects positifs.
Une autre révolution est en train de bouleverser les réseaux : l’intelligence artificielle. Penses-tu que les influenceurs virtuels pourraient un jour remplacer les créateurs de contenu ?
Avant d’être créateur de contenu, il ne faut pas oublier que je suis moi-même utilisateur des réseaux sociaux. Et personnellement, j’aime regarder de vraies personnes.
Je ne pense donc pas que les créateurs puissent être totalement remplacés par l’intelligence artificielle. Ce n’est pas la même chose. Derrière un véritable créateur, il y a une personnalité, une histoire, une humanité. Avec l’IA, je trouve qu’il manque encore quelque chose.

Pourtant, les contenus générés par intelligence artificielle deviennent de plus en plus réalistes. Cela t’inquiète ?
Oui, clairement. Il m’arrive maintenant de regarder plusieurs fois une vidéo en me demandant : « Est-ce que c’est de l’IA ou pas ? » Et le plus fou, c’est que cette question est devenue presque banale. Tout le monde commence à se la poser.
C’est surtout cela qui me fait peur : nous sommes en train de nous habituer à ne plus forcément savoir immédiatement si ce que nous regardons est réel.
Est-ce que tu rejettes pour autant complètement l’intelligence artificielle ?
Non, parce que l’IA peut permettre de faire de très belles choses. Mais je suis quelqu’un de très passionné et, par exemple, cela me dérange un peu d’écouter une musique entièrement créée par une intelligence artificielle.
Après, encore une fois, il faut vivre avec son temps. Si l’IA prend de plus en plus de place, il faudra apprendre à s’adapter. À notre échelle, je ne pense pas que nous puissions empêcher cette évolution. Personnellement, j’essaierai malgré tout de continuer à privilégier de vrais artistes et des créations humaines.
Finalement, est-ce que l’avenir de l’influence reposera justement davantage sur l’authenticité ?
Je pense que c’est important. Les gens suivent aussi quelqu’un pour sa personnalité et pour ce qu’il dégage. C’est ce qui fait la différence avec un contenu entièrement artificiel. On a envie de suivre une personne, son quotidien, ses expériences et son évolution.
Le métier s’est aussi considérablement professionnalisé. Aujourd’hui, tu n’es plus représenté par une agence. Quel regard portes-tu sur les agences d’influence ?
Il ne faut surtout pas mettre toutes les agences dans le même panier. Le principe d’une agence peut être très intéressant : elle permet de mettre en relation un influenceur avec des marques auxquelles il n’aurait peut-être jamais eu accès seul.
Une bonne agence peut apporter des contacts, proposer des marques réellement cohérentes avec l’univers du créateur et faciliter énormément de choses.
En revanche, je pense qu’il faut être très vigilant. Il ne faut jamais faire confiance aveuglément. Il faut vérifier les contrats, les pourcentages prélevés, les propositions faites et ne pas accepter n’importe quoi sous prétexte que cela vient d’une agence.
@matt.brt J’ai gagné la trend spotted où quoi?
♬ nhạc nền – Thịnh GK🥅 – zaii Long Đức
Est-ce que les jeunes créateurs doivent aujourd’hui être davantage des entrepreneurs que de simples influenceurs ?
Oui, parce qu’il y a énormément de choses derrière une publication. Il faut gérer ses collaborations, ses rendez-vous, ses mails, les démarches administratives et ses différents réseaux. Ce n’est pas simplement poster une vidéo.
Justement, à quoi ressemble une journée idéale dans ta vie de créateur de contenu ?
Il n’y a pas vraiment de journée type. Ma journée idéale serait de me lever et d’aller directement au sport. Avec les voyages, j’ai complètement perdu cette routine et j’aimerais la retrouver.
Ensuite, je réponds à mes mails, je travaille sur mes projets, mes collaborations, mes rendez-vous et toute la partie administrative. Puis il y a évidemment la création et la publication de contenu.
Je suis présent sur plusieurs plateformes. Il faut préparer mes publications Instagram, poster sur Snapchat, TikTok, YouTube Shorts… J’ai arrêté les longues vidéos YouTube, mais j’aimerais bien m’y remettre. Une bonne journée, pour moi, c’est finalement une journée durant laquelle j’ai réussi à être productif.
Tu évoques beaucoup les voyages. Quelle expérience t’a le plus marqué grâce à ton métier ?
Je dirais probablement mon séjour à New York avec Kaplan. J’y suis resté trois semaines et cela m’a vraiment permis d’améliorer mon anglais.
New York était aussi l’une des villes que je rêvais de découvrir depuis que j’étais petit. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir y aller un jour. Rester trois semaines sur place m’a permis de vraiment découvrir la ville et pas simplement de la survoler pendant quelques jours.
On voit beaucoup de créateurs français s’installer à Dubaï. Est-ce quelque chose qui pourrait t’attirer ?
Dubaï, ce n’est pas vraiment mon délire. En revanche, je suis allé cinq ou six fois en Corée du Sud, dont une fois pendant environ trois mois, et j’ai réalisé que c’était un pays qui pouvait vraiment me correspondre.
Si mes projets actuels ne me retenaient pas à Paris, je pourrais totalement imaginer vivre en Corée du Sud pendant un ou deux ans. Je ne pense pas que ce serait définitif parce que j’adore la France, mais c’est une expérience que j’aimerais vivre.
Et quelle serait ta prochaine destination idéale ?
J’aimerais beaucoup découvrir la Thaïlande. Je n’y suis encore jamais allé. J’aimerais faire un road trip, découvrir les grandes villes mais aussi les îles.
Lorsque je suis allé en Corée du Sud, j’ai rencontré plusieurs Thaïlandais et Thaïlandaises et j’ai beaucoup aimé leur énergie. Et puis j’adore les destinations où il fait chaud, surtout lorsqu’en France nous sommes en plein hiver !
Avec un métier aussi exposé, est-ce important de conserver une vie personnelle ?
Oui. Je suis célibataire depuis quelque temps et je pense que c’est très bien comme ça. Beaucoup de personnes rêvent absolument d’être en couple, mais être seul peut aussi être une chance. Cela permet d’être indépendant, de profiter de moments seul et surtout d’apprendre à mieux se connaître.
Tu imagines tout de même te marier ou avoir des enfants un jour ?
Le mariage n’est pas spécialement un rêve pour moi. Pour les enfants, peut-être un jour, mais probablement un seul ! Pour le moment, j’ai déjà mon petit bébé : Happy, mon spitz nain.

Tu es également très suivi pour ton univers lifestyle. Quelle est ta routine beauté ?
Je me suis rendu compte que cela ne servait pas forcément à grand-chose d’accumuler énormément de produits sur son visage. Je parle évidemment uniquement de mon expérience personnelle, parce que chaque peau est différente.
Pour moi, deux ou trois produits suffisent largement. J’utilise surtout une petite crème hydratante adaptée à mon type de peau. Si j’en mets trop, ma peau devient rapidement très brillante.
Tes abonnés parlent beaucoup de tes cils. Quel est ton secret ?
Je n’en ai justement aucun ! Beaucoup de personnes me demandent si je mets quelque chose dessus, mais ils ont toujours été comme ça.
Quand j’étais petit, on me disait même que j’avais des « cils de fille ». À l’école primaire, j’avais tellement entendu cette remarque que j’avais pensé à les couper ! Heureusement que je ne l’ai pas fait. Aujourd’hui, beaucoup de personnes aimeraient avoir les mêmes et j’en suis très content. Merci papa et maman ! (rires)
Ton parfum du moment ?
Vanilla Powder de Matière Première. C’est vraiment mon parfum du moment.
Après plusieurs années passées sur les réseaux et près de quatre millions d’abonnés sur TikTok, comment imagines-tu finalement le futur de l’influence ?
Je pense que le métier va forcément continuer à évoluer. Les plateformes changent, l’intelligence artificielle prend de plus en plus de place et les façons de créer du contenu évoluent également.
Il faudra savoir s’adapter tout en conservant ce qui fait, selon moi, la force d’un créateur : sa personnalité et son humanité. C’est aussi pour cela que je ne pense pas que l’IA puisse totalement remplacer les créateurs de contenu. Derrière un compte, les gens ont aussi envie de retrouver une vraie personne.
MATTHYSS BERTHIAUX — @MATT.BRT
Créateur de contenu — Paris
TikTok : @matt.brt
Instagram : @matt.brt