Jean d’Aulan : « Les gens ont besoin de venir ici pour se ressourcer »
Jean d’Aulan : « Les gens ont besoin de venir ici pour se ressourcer »

Jean d’Aulan : « Les gens ont besoin de venir ici pour se ressourcer »

Au cœur de l’Ardèche méridionale, sur les hauteurs de Vesseaux, le Domaine du Taillé raconte une histoire familiale aussi singulière que visionnaire. Tout commence à la fin des années 1960, lorsque Philippe et Annie d’Aulan quittent la France pour vivre deux années dans un temple zen à Kyoto. Initiés à la méditation, au kyudo – le tir à l’arc japonais – et à une nouvelle approche de l’alimentation, ils reviennent en France avec le désir de créer un lieu différent. Sur les fondations d’un ancien corps de ferme ardéchois, ils imaginent dès 1970 ce qui deviendra l’un des premiers lieux consacrés au zen bouddhiste en Europe. Après plusieurs années de sommeil dans les années 1980, le Domaine renaît en 1993 sous l’impulsion de leurs fils et d’Annie d’Aulan.

Aujourd’hui dirigé par Jean d’Aulan, le Taillé a conservé cette philosophie tout en élargissant considérablement son horizon. Dans un parc privé de 100 hectares, retraites de yoga, méditation, arts martiaux, développement personnel, séminaires et séjours libres se côtoient au milieu de la forêt. Écolabellisé depuis 2010, le Domaine revendique une approche de l’hospitalité où le luxe ne réside pas dans l’ostentation mais dans l’espace, le silence, le temps retrouvé et la proximité avec la nature.

Jean d’Aulan

L’histoire du Domaine du Taillé est intimement liée à celle de votre famille. Comment tout a-t-il commencé ?

Mes parents sont partis au Japon en 1967. Ils se sont installés pendant deux ans dans un temple zen à Kyoto où ils se sont initiés à la méditation zen, mais également au kyudo, le tir à l’arc japonais, et à toute une approche de la diététique japonaise.

Lorsqu’ils sont revenus en France, ils sont arrivés ici. Il y avait cet ancien corps de ferme qui était à l’abandon depuis les années 1950. Ils revenaient avec toutes ces philosophies orientales qu’ils avaient découvertes et ont décidé de construire progressivement un lieu autour de celles-ci.

Le Domaine a officiellement ouvert au début des années 1970. Une délégation japonaise était d’ailleurs venue pour pratiquer le tir à l’arc et proposer des sessions de méditation zen. Pendant une dizaine d’années, mes parents ont porté ce projet avec l’aide d’un maître bouddhiste d’origine suisse qui représentait cette école en Europe.

Le Domaine connaît ensuite une période de sommeil avant que votre génération ne reprenne le flambeau…

Oui. Dans les années 1980, le lieu est entré en sommeil pendant plusieurs années. Je l’ai repris en 1993 avec l’aide de ma mère au départ et de mon frère.

Nous avons souhaité conserver son esprit originel tout en l’ouvrant à une approche beaucoup plus pluridisciplinaire. Le yoga a trouvé sa place, tout comme différentes formes de méditation, les arts martiaux internes et externes, le développement personnel et de nombreuses autres pratiques.

Aujourd’hui encore, nous accueillons par exemple des groupes de karaté ou d’autres disciplines martiales. Le lieu a évolué avec son époque sans perdre son identité.

Yourte

Vos parents étaient finalement très en avance sur leur temps…

Complètement. Dans les années 1970, il fallait quand même avoir une certaine confiance dans ces disciplines ! Aujourd’hui, le yoga, la méditation ou certaines philosophies orientales sont devenus extrêmement connus, voire parfaitement intégrés à notre société. À l’époque, c’était très différent.

Ils étaient également précurseurs dans leur rapport à l’environnement. Ils avaient ouvert une petite coopérative biologique dans le village. Le développement durable faisait déjà partie de leur réflexion.

La pierre, le bois ou encore le cuir faisaient partie des matériaux privilégiés ici. Ils utilisaient aussi des produits biologiques qui venaient notamment d’Allemagne, parce que les Allemands étaient alors beaucoup plus avancés que la France sur ces questions.

Le Domaine du Taillé est aujourd’hui particulièrement associé aux retraites. Quelle place occupent-elles dans votre activité ?

Une place centrale. Nous accueillons des retraites sur une très grande partie de l’année, globalement de mi-février à mi-décembre. Et ce qui est assez révélateur de l’attachement au lieu, c’est qu’environ 80 % de nos groupes reviennent chaque année. Certains viennent même depuis près de trente ans.

Nous accueillons différentes écoles ou intervenants qui possèdent généralement déjà leur communauté. Ils réservent une salle, organisent leur programme et leurs participants séjournent dans des hébergements insolites soit dans des tentes Tipis ou Ecochics, soit dans des Yourtes ou des chalets.

Nous avons plusieurs espaces de pratique qui permettent d’accueillir différents groupes simultanément, tout en conservant une forme d’intimité.

Tentes Tipis

Quelles sont les retraites que l’on peut aujourd’hui suivre au Taillé ?

C’est extrêmement varié. Il y a évidemment beaucoup de yoga et de méditation, mais également des arts martiaux, du développement personnel, différentes formes de thérapies ou encore du chamanisme.

Nous voyons aussi apparaître de nouvelles pratiques. Le yoga aérien, par exemple, est arrivé progressivement ces dernières années.

Notre rôle n’est pas d’imposer une discipline. Les organisateurs viennent avec leur enseignement et leur programme. Nous mettons à leur disposition un environnement qui leur permet de pratiquer dans les meilleures conditions.

Pourquoi la nature est-elle aussi importante dans l’expérience d’une retraite ?

Parce qu’elle fait partie intégrante de l’expérience.

Lorsque quelqu’un vient ici, il ne vient pas simplement suivre deux heures de yoga dans une salle avant de retourner dans sa vie quotidienne. Il est immergé dans un environnement complètement différent.

Nous sommes entourés par la forêt. Les participants peuvent marcher, pratiquer dehors, profiter du silence. Même lorsque nous recevons des entreprises, elles apprécient énormément de compléter les sessions de travail par des activités dans le parc, des parcours d’orientation ou simplement des moments dans la nature.

C’est aussi ce qui permet véritablement de décrocher.

Villa Alto

Dans une époque où le bien-être est devenu une véritable industrie, avez-vous le sentiment que les visiteurs recherchent davantage d’authenticité ?

Oui. Nous constatons surtout que les gens ont besoin de se ressourcer.

Même lorsque la fréquentation touristique baisse, ce besoin reste présent. Nous avons constaté une diminution de certains effectifs, y compris chez des intervenants qui remplissaient auparavant systématiquement leurs stages. Mais notre activité résiste relativement bien.

Cela montre qu’au milieu d’un quotidien parfois extrêmement intense, les gens ressentent toujours le besoin de partir quelques jours, de suivre une formation, de participer à une retraite ou simplement de venir séjourner ici.

Peut-on d’ailleurs venir au Domaine sans participer à une retraite ?

Absolument. Nous accueillons également des personnes qui viennent simplement séjourner.

Nous avons différents types d’hébergement et certaines maisons peuvent être privatisées. Une famille, un couple ou un groupe d’amis peut donc venir sans participer à un stage.

C’est important parce que le Domaine ne doit pas être perçu comme un lieu réservé uniquement aux initiés du yoga ou de la méditation. On peut simplement avoir envie de venir quelques jours dans la nature, de se reposer et de profiter du site.

Villa Alto

Vous disposez notamment de la Villa Manouk, particulièrement isolée au sein du domaine…

C’est effectivement une manière différente de vivre le Taillé. L’idée est de pouvoir être complètement immergé dans la propriété et dans la nature.

C’est aussi cette diversité d’hébergements qui nous permet de répondre à des attentes très différentes, depuis des solutions volontairement simples jusqu’à des espaces offrant davantage de confort.

Le Domaine n’est pas un hôtel traditionnel. Nous avons toujours voulu préserver cette particularité.

Villa Manouk

L’alimentation fait elle aussi partie de cette philosophie familiale. Votre mère, Annie d’Aulan, a joué un rôle essentiel dans sa conception…

Oui. Lorsqu’elle vivait au Japon, ma mère a découvert une alimentation qui lui correspondait profondément. Elle n’avait jamais particulièrement apprécié une cuisine très tournée vers la viande, le beurre ou la crème.

Au Japon, elle a découvert sa voie culinaire et c’est elle qui a conçu les menus du Domaine dès l’origine.

Cette influence existe encore aujourd’hui. Notre cuisine possède un caractère provençal avec une forte tendance végétarienne. Nous travaillons beaucoup les légumes, les céréales, le tofu et les protéines végétales. La cuisine d’Annie reste d’ailleurs l’un des éléments identitaires du Domaine.

Êtes-vous pour autant un établissement exclusivement végétarien ?

Non, et c’est important de le préciser. Nous ne sommes pas enfermés dans un dogme alimentaire.

La majorité des groupes demande une alimentation à dominante végétarienne pendant les retraites. Mais lorsque nous recevons, par exemple, certains groupes d’arts martiaux qui ont une dépense physique très importante, nous pouvons proposer ponctuellement de la viande.

Nous pouvons également cuisiner du poisson. L’idée est avant tout d’avoir une alimentation équilibrée et raisonnable, avec une part importante accordée au végétal.

Le Domaine est écolabellisé depuis 2010. Comment cette démarche écologique se traduit-elle concrètement ?

Par énormément de choses, parfois invisibles pour le visiteur. Nous possédons notre propre système d’assainissement, nous compostons les déchets végétaux, nous recyclons autant que possible et nous travaillons essentiellement avec des produits de saison, locaux et les plus naturels possible.

Nous n’avons pas voulu créer notre propre potager simplement pour pouvoir dire que nous en avions un. Cela représente énormément de travail. Nous préférons soutenir des producteurs locaux qui font déjà très bien leur métier.

C’est pareil pour le miel : un voisin possède de belles ruches et nous travaillons avec lui. C’est une logique de territoire.

Vous possédez également un bassin de baignade naturel. Comment fonctionne-t-il ?

C’est un bassin dont l’eau est filtrée naturellement. Nous avons un réservoir d’environ 90 m³ avec notamment des matériaux volcaniques. L’eau passe à travers ce système de filtration avant d’arriver dans une zone avec des nénuphars et des roseaux qui contribuent à son oxygénation. Elle circule ensuite sous forme de cascades avant de revenir dans le bassin.

Nous effectuons évidemment des contrôles réguliers de la qualité de l’eau. Avec les épisodes de chaleur que nous connaissons désormais, nous devons aussi être particulièrement attentifs à sa température.

Piscine Villa Alto

Le changement climatique commence-t-il justement à modifier votre manière de gérer le Domaine ?

Oui, nécessairement. Nous sommes pourtant situés à environ 500 mètres d’altitude, mais nous avons connu des températures approchant les 40 °C.

L’architecture historique du Domaine nous aide beaucoup. De nombreuses chambres ont été bâties contre la terre ou la roche et bénéficient donc d’une forme de climatisation naturelle.

Pour la végétation, nous devons également nous adapter. Nous arrosons lorsque c’est nécessaire pour limiter le stress des plantes et conserver des îlots de fraîcheur.

Cette adaptation passe aussi par de nouveaux projets agricoles ?

Oui. Nous avons commencé à planter des oliviers sur des terres agricoles situées à l’entrée du Domaine. L’idée est progressivement de produire notre propre huile d’olive.

Nous avons également le projet de planter environ un hectare de vigne.

Ce sont des projets qui ont du sens avec l’histoire du lieu et avec notre territoire. L’idée n’est pas de tout produire nous-mêmes, mais de continuer à enrichir l’expérience du Domaine de manière cohérente.

Après plus de cinquante ans d’histoire familiale, qu’est-ce qui n’a surtout pas changé au Domaine du Taillé ?

L’esprit. Le lieu a évolué, les pratiques ont évolué, les attentes des visiteurs aussi. Mais cette recherche de simplicité, de respect de la nature et de ressourcement est toujours présente.

Mes parents ont créé quelque chose qui était extrêmement atypique dans les années 1970. Notre travail consiste aujourd’hui à continuer de le faire vivre sans le dénaturer.

Finalement, les personnes qui viennent ici recherchent peut-être exactement ce que mes parents étaient déjà venus chercher au Japon il y a près de soixante ans : prendre du recul, retrouver une relation plus simple avec soi-même et avec ce qui nous entoure.


Informations pratiques

Domaine du Taillé
1150 chemin du Taillé
07200 Vesseaux – Ardèche, France
Tél. : 04 75 87 10 38
E-mail : contact@domainedutaille.com
Le Domaine du Taillé est implanté au cœur d'un parc privé de 100 hectares en Ardèche méridionale. Il accueille des retraites et stages de yoga, méditation, arts martiaux et développement personnel, mais également des séminaires d'entreprise et des séjours individuels. Le domaine propose plusieurs catégories d'hébergement, des chalets aux villas, ainsi qu'un bassin de baignade naturel. Il bénéficie de l'Écolabel européen depuis 2010.
Site officiel : Domaine du Taillé
Stages et retraites : Programme des retraites et stages du Domaine du Taillé
Accès et contact : Préparer son séjour au Domaine du Taillé