Sur les hauteurs de Candes-Saint-Martin, à la confluence de la Loire et de la Vienne, le Château de Candes cultive un dialogue inattendu entre patrimoine, hospitalité et création contemporaine. Derrière ses murs chargés d’histoire se cache aujourd’hui une résidence de tourisme 4 étoiles composée de 20 hébergements représentant 33 chambres, complétée par des espaces de bien-être, de restauration et un parc de cinq hectares transformé en véritable musée de street art à ciel ouvert.
Mais le Château de Candes est avant tout une aventure familiale. Lorsque les parents de Bertrand Pignet acquièrent la propriété, leur ambition première n’est pas de créer un hôtel, mais de sauver et restaurer un patrimoine délaissé. Cinq années de travaux seront nécessaires pour redonner vie au château. Bertrand, lui, arrive avec un parcours pour le moins inattendu : ancien développeur informatique, il abandonne un jour sa carrière pour parcourir l’Europe et la Russie avec son sac à dos, avant de rejoindre l’Asie et de devenir artiste de feu en Chine. Avec son épouse, il vivra de spectacles pendant près de dix ans. De retour en France, cette sensibilité artistique trouve naturellement un prolongement à Candes : résidences d’artistes, mécénat, street art, spectacles et rencontres viennent désormais bousculer avec intelligence les codes du château traditionnel.

Le Château de Candes est d’abord une histoire de famille. Comment vos parents sont-ils arrivés ici ?
Bertrand Pignet : Mes parents ont acheté le château avant tout par passion. Leur démarche était patrimoniale : ils avaient envie d’acquérir un domaine, de préserver un patrimoine et de le restaurer pierre par pierre. Lorsqu’ils sont arrivés, le château était très peu exploité et nécessitait un travail considérable.
Ils ont consacré environ cinq ans à sa rénovation. Ils n’étaient absolument pas issus de l’hôtellerie. Leur idée était plutôt celle d’une grande maison familiale que l’on pourrait partager avec d’autres lorsque nous ne l’utilisions pas.
C’est d’ailleurs toujours quelque chose que l’on ressent aujourd’hui. La décoration possède une vraie personnalité, sans tomber dans quelque chose de tellement intime que les visiteurs auraient l’impression d’entrer chez quelqu’un. Nous voulions que chacun puisse se sentir chez lui.
Le château possède lui-même une histoire beaucoup plus ancienne. Que sait-on de ses origines ?
Le domaine est intimement lié à l’histoire de Candes-Saint-Martin et à celle de la collégiale située juste à côté. Il y a eu ici une résidence des archevêques de Tours.
Le château que l’on connaît aujourd’hui a ensuite été reconstruit par un propriétaire privé. Son architecture est assez étonnante, avec notamment de grandes ouvertures et une relation très forte au paysage.
Ce qui me fascine toujours, c’est la manière dont on découvre le château. Lorsque vous entrez dans le domaine, vous n’avez pas immédiatement sa façade principale face à vous. Il faut avancer pour découvrir cette perspective spectaculaire sur la confluence. J’adore observer la réaction des gens qui arrivent pour la première fois. Nous avons cette vue tous les jours, mais eux la découvrent et il y a souvent un véritable émerveillement.

Vos parents ont-ils cherché à moderniser le château ou, au contraire, à préserver son caractère historique ?
Les deux, et c’est précisément toute la difficulté.
Le château est protégé, donc on ne peut évidemment pas faire ce que l’on veut. Mes parents ont travaillé avec des artisans et avec les services patrimoniaux pour respecter son histoire tout en l’adaptant aux attentes contemporaines.
Il faut parvenir à conserver l’âme d’un bâtiment historique tout en proposant le niveau de confort attendu aujourd’hui par un voyageur. Les salles de bains, le chauffage, la climatisation ou les équipements nécessitent de trouver en permanence cet équilibre.

Le Château de Candes évolue désormais pleinement vers l’hôtellerie. Pourquoi ce changement ?
Pendant longtemps, une grande partie des hébergements du domaine se trouvait autour du château. Le paradoxe était donc assez frustrant : beaucoup de clients séjournaient chez nous sans réellement entrer dans le château.
Or le château est la pièce centrale du domaine.
Lorsqu’il était privatisé comme une grande maison, cela avait du sens puisque les occupants disposaient de l’ensemble du bâtiment. Mais cela signifiait aussi qu’il restait fermé une grande partie de l’année et que seuls quelques clients pouvaient réellement en profiter.
J’avais depuis longtemps cette frustration de me dire : il faut que ce château vive. Aujourd’hui, nous l’ouvrons davantage et l’intégrons véritablement à l’expérience hôtelière.

Est-ce aussi une manière de rendre le patrimoine moins intimidant ?
Complètement. Je tiens énormément à cette notion d’accessibilité.
Nous pouvons développer un établissement haut de gamme, avec une ambition hôtelière forte, sans pour autant créer quelque chose de froid ou d’élitiste.
Mon parcours personnel joue probablement beaucoup. J’ai longtemps voyagé très simplement avec un sac à dos. Je serais attristé de créer aujourd’hui un endroit magnifique mais complètement coupé des habitants du village ou inaccessible à ceux qui veulent simplement venir découvrir le parc.
Le luxe ne doit pas forcément créer une distance.

Votre propre parcours est justement très éloigné de l’hôtellerie traditionnelle. Comment passe-t-on de l’informatique à artiste de feu, puis à la direction d’un château ?
J’ai aujourd’hui 41 ans et, au départ, j’étais développeur informatique en région parisienne. Puis j’ai décidé de tout quitter pour suivre une passion : la jonglerie et le spectacle de feu.
Je suis parti avec mon sac à dos et j’ai traversé une grande partie de l’Europe ainsi que la Russie. Après environ 30 000 kilomètres de voyage, je suis arrivé en Asie. J’ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse, qui est chinoise, et nous avons continué à voyager ensemble.
Nous nous sommes ensuite installés en Chine et avons créé des spectacles de feu. Nous avons vécu de notre art pendant près de dix ans, nous avons fondé notre famille là-bas et cette aventure nous a même conduits jusqu’à la télévision chinoise.
C’est un parcours assez improbable quand on le raconte aujourd’hui !
Cette vie d’artiste explique-t-elle la place considérable qu’occupe aujourd’hui l’art au Château de Candes ?
Évidemment. L’art fait partie de notre vie.
Lorsque nous sommes revenus ici, nous n’avions pas envie de renoncer à cette dimension simplement parce que nous reprenions un domaine historique. Au contraire, nous avons cherché à comprendre comment notre histoire personnelle pouvait rencontrer celle du château.
Nous organisons notamment des spectacles de feu et des événements artistiques dans le parc. Il y a quelques années, nous avions également imaginé un festival réunissant des artistes de rue, des jongleurs et des street artistes en résidence.
Finalement, le château est devenu une nouvelle scène pour continuer cette aventure artistique, mais d’une manière différente.

Spectacle de feu
Comment est née l’idée assez audacieuse d’installer du street art dans le parc d’un château ?
Mes parents voulaient ouvrir davantage le parc au public. Jusqu’alors, il était principalement réservé aux personnes qui séjournaient sur le domaine.
Ils ont donc réfléchi à une manière de valoriser cet espace et ont eu cette idée qui pouvait sembler un peu improbable au départ : faire entrer le street art dans un parc historique.
Et cela a fonctionné.
Aujourd’hui, le Street Art Parc est devenu une véritable identité du domaine. Il permet de faire dialoguer quelque chose de très contemporain avec un patrimoine beaucoup plus ancien.

Le Street Art Parc n’est donc pas simplement une collection d’œuvres installées dans la nature ?
Non, et c’est essentiel pour moi.
Nous accueillons des artistes en résidence. Il y a des appels à projets et nous sélectionnons de nouveaux créateurs. Mais derrière chaque œuvre, il y a surtout une rencontre humaine.
Quand un artiste vient travailler ici, nous l’accueillons réellement. Il dispose d’un beau logement, partage les repas et les petits-déjeuners, rencontre les clients… Nous passons du temps ensemble.
Certains reviennent et deviennent des amis. C’est probablement ce que j’aime le plus dans le projet : le mécénat n’est pas seulement financier ou matériel. Nous essayons d’offrir du temps, un lieu, une visibilité et une expérience aux artistes.

Votre passé d’artiste modifie-t-il votre manière d’accueillir ceux qui viennent créer à Candes ?
Oui, forcément, parce que je connais leur réalité.
Je sais ce que représente la vie d’un artiste, les incertitudes, les contraintes, l’énergie nécessaire pour créer et pour vivre de son travail. Lorsque quelqu’un arrive ici pour une résidence, je ne le considère pas simplement comme une personne qui va nous produire une œuvre.
Je m’intéresse à l’artiste, à son histoire et à ce qu’il souhaite raconter.
Aujourd’hui, je suis beaucoup moins dans une démarche de création personnelle, mais cette dimension de mécénat et d’accompagnement me permet de rester profondément connecté à ce monde.
N’est-ce pas paradoxal d’associer le street art, né dans la rue, à l’univers très codifié d’un château ?
C’est justement ce contraste qui m’intéresse.
On pourrait remplir un château d’œuvres classiques et cela fonctionnerait très bien. Mais ce serait beaucoup plus attendu.
Ici, nous avons envie de créer de la surprise. Le patrimoine n’a pas besoin d’être figé pour être respecté. Au contraire, le confronter à la création contemporaine peut permettre de le regarder autrement.
Le parc compte aujourd’hui plus de 60 œuvres contemporaines et accueille depuis plusieurs années des résidences de street artistes. Certaines œuvres viennent même investir des traces historiques du domaine, comme l’ancienne arène présente dans le parc.
Et cette galerie à ciel ouvert est accessible sans séjourner à l’hôtel ?
Oui, c’était même l’un des objectifs du projet.
Nous voulions que les habitants, les visiteurs de passage et ceux qui ne dorment pas nécessairement au Château de Candes puissent venir profiter du parc.
Cela change aussi complètement notre relation avec le village. Lorsque mes parents ont acheté le château, l’arrivée de nouveaux propriétaires pouvait forcément susciter de la curiosité, voire une certaine distance.
Le fait d’ouvrir le parc, d’organiser des événements et de montrer que nous voulions partager le domaine a progressivement changé les rapports. Le château fait davantage partie de la vie locale.
Le Street Art Parc est aujourd’hui ouvert au public pendant une grande partie de l’année et propose une déambulation artistique et botanique sur cinq hectares.
Vous continuez d’ailleurs à faire vivre votre ancienne passion pour le spectacle de feu lors des Nocturnes…
Oui. C’est une manière de réunir mes différentes vies.
Les Nocturnes permettent de transformer complètement le parc. Nous pouvons mêler spectacles de feu, art vivant, musique et restauration en plein air.
J’aime cette idée qu’un château puisse changer d’atmosphère au fil de la journée : être un lieu patrimonial le matin, une galerie d’art contemporain l’après-midi et devenir presque une scène de spectacle à la nuit tombée.
Comment définissez-vous aujourd’hui l’expérience hôtelière du Château de Candes ?
Elle n’est volontairement pas totalement standardisée.
C’est peut-être même ce qui plaît à une partie de nos clients. Nous sommes partis d’un projet de passion et d’une maison familiale avant de construire progressivement une véritable offre hôtelière.
Les hébergements sont tous différents et répartis dans plusieurs bâtiments du domaine. Le site propose actuellement 20 hébergements représentant 33 chambres, depuis les chambres du château jusqu’aux maisons privatives, et peut accueillir jusqu’à environ 90 personnes.

Le domaine accueille également des mariages et des événements professionnels. Jusqu’où souhaitez-vous développer cette activité ?
Les mariages correspondent très bien au lieu parce que les différents espaces et hébergements permettent de créer une expérience sur plusieurs jours.
Pour les entreprises, nous préférons conserver une certaine cohérence avec la configuration du domaine. Les petits groupes et les comités de direction peuvent particulièrement bien fonctionner ici.
Nous disposons de plusieurs espaces et les chambres sont réparties sur l’ensemble du domaine, ce qui crée une expérience assez différente d’un hôtel conventionnel.
Le Château propose aujourd’hui officiellement des formats professionnels pouvant aller de 15 à 100 participants selon les configurations, avec trois salles de réception, restauration et activités autour du parc.
Vous avez connu le Domaine avec une équipe extrêmement réduite. Que représente-t-il aujourd’hui pour Candes-Saint-Martin ?
Lorsque ma femme et moi sommes arrivés, nous avons fait une saison quasiment seuls, avec quelques stagiaires et une femme de chambre. Aujourd’hui, nous sommes dix-huit.
Cela représente forcément quelque chose à l’échelle d’un village comme Candes-Saint-Martin.
Au-delà des emplois, nous participons à l’attractivité du territoire. Des visiteurs viennent découvrir le château, le parc, le village et la région. C’est une responsabilité que nous prenons très au sérieux.
Après l’histoire de vos parents puis votre retour avec votre épouse, imaginez-vous déjà le Château de Candes comme une histoire à transmettre à la génération suivante ?
Je pense surtout que nous essayons de construire quelque chose qui ait du sens et qui puisse durer.
Mes parents ont sauvé et restauré ce patrimoine. Nous sommes aujourd’hui en train de lui donner une nouvelle vie, avec notre propre sensibilité, notre histoire d’artistes et notre vision de l’hospitalité.
L’important est de ne jamais perdre la sincérité du projet. Nous voulons que les visiteurs comprennent qu’ils ne sont pas simplement dans un produit hôtelier. Ils entrent dans une maison, une histoire familiale et un lieu que nous avons choisi de partager.

Informations pratiques
Château de Candes – Art & Spa
46 route de Compostelle
37500 Candes-Saint-Martin – France
Tél. : +33 (0)2 47 93 69 16
Le Château de Candes est une résidence de tourisme 4 étoiles située à la confluence de la Loire et de la Vienne, entre Tours et Angers, à proximité de Chinon, Saumur et Fontevraud. Le domaine propose 20 hébergements représentant 33 chambres, des espaces de bien-être, de la restauration et le Street Art Parc.
Découvrir le Street Art Parc — cinq hectares de parc arboré transformés en musée d'art urbain à ciel ouvert, ponctués de plus de 60 œuvres contemporaines et régulièrement enrichis par des résidences d'artistes.
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