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Isabelle Azuelos : « Avec Richard Orlinski, nous ne voulions pas simplement poser des sculptures dans un hôtel »

Orlinski x Cozy Zanzibar

À Makunduchi, dans le sud encore préservé de Zanzibar, COZY Zanzibar ouvrira ses portes en décembre 2026 avec la volonté de proposer une autre lecture de l’hôtellerie de luxe : plus intime, plus humaine et profondément connectée à l’art et à l’artisanat local. Derrière ce projet se trouvent Isabelle et Franck Azuelos, professionnels du tourisme depuis plus de vingt-cinq ans.

Après avoir développé des activités de tour-opérateur et de voyages haut de gamme à travers le monde, le couple a imaginé COZY comme une adresse confidentielle réservée aux adultes, face au lagon, avec seulement huit suites beachfront et une villa de 850 m². Mais l’une des signatures les plus inattendues du projet réside dans sa rencontre avec Richard Orlinski. L’artiste français ne s’est pas contenté d’y installer quelques-unes de ses sculptures emblématiques : avec Isabelle Azuelos, il a imaginé La Villa Orlinski, où son bestiaire pop se confronte aux coquillages, aux matières naturelles, aux références massaïs et à l’esthétique de Zanzibar. Une collaboration née presque instinctivement et devenue l’un des fils conducteurs de COZY.

Cozy Zanzibar
Isabelle et Franck Azuelos

Isabelle, avant COZY Zanzibar, votre vie professionnelle était déjà entièrement tournée vers le voyage. Quel a été votre parcours ?

J’ai grandi en Côte d’Ivoire dans une famille d’entrepreneurs qui évoluait déjà dans l’univers du voyage, de l’aérien et de l’hôtellerie. Après des études en communication d’entreprise et en marketing, j’ai repris une partie de l’activité créée par mon père autour des voyages culturels et des pèlerinages.

J’ai ensuite vécu dix-huit ans en Israël et travaillé pendant plus de vingt-cinq ans dans le tour-operating. Avec mon mari Franck, nous avons développé une clientèle internationale venant notamment d’Amérique du Sud, des Philippines, de Taïwan ou du Japon. Le voyage a toujours été au centre de notre vie.

La pandémie a finalement joué un rôle déterminant dans la naissance de COZY…

Complètement. Lorsque le Covid est arrivé, notre activité s’est pratiquement arrêtée du jour au lendemain. Nous avons commencé à recevoir les annulations de nos groupes asiatiques dès la fin de l’année 2019, puis tout s’est arrêté pendant près de trois ans.

Mais nous avions constitué, au fil de vingt-cinq années, un réseau extrêmement fidèle. Pendant la pandémie, un ambassadeur que nous connaissions m’a appelée parce qu’il cherchait une adresse où partir. Cela m’a donné une idée : puisque les groupes ne pouvaient plus voyager, pourquoi ne pas utiliser notre expérience et nos contacts pour proposer des voyages individuels dans de très beaux hôtels ?

Nous avons alors développé une activité dédiée au voyage de luxe sur mesure. C’est aussi ce qui nous a permis de comprendre encore davantage les attentes d’une clientèle habituée aux très beaux établissements.

Espace commun Cozy Zanzibar

Comment Zanzibar entre-t-il ensuite dans votre histoire personnelle ?

J’avais traversé quelques années auparavant une période assez difficile sur le plan personnel et j’étais très fatiguée par le rythme de vie que nous avions. J’ai toujours eu un lien très fort avec l’Afrique et nous avons décidé avec Franck de venir nous ressourcer à Zanzibar.

Un jour, en regardant les réseaux sociaux, je suis tombée sur l’annonce d’un terrain à Makunduchi. Je ne savais même pas précisément où il se trouvait. J’ai simplement dit à Franck : « Il faut que nous allions le voir. »

Nous devions repartir vingt-quatre heures plus tard. Nous avons visité le terrain et nous l’avons acheté quasiment immédiatement. Il s’est passé quelque chose. Je voyais déjà ce que cet endroit pouvait devenir. C’était il y a quatre ans.

Lagon Zanzibar

Aviez-vous immédiatement en tête la création d’un hôtel ?

Pas à cette échelle. Au départ, nous imaginions une très belle villa avec quelques chambres.

Puis le projet a grandi. Franck et moi avons tout pensé, tout dessiné et énormément travaillé sur les détails. Nous voulions utiliser notre expérience de voyageurs mais aussi tout ce que nos propres clients nous avaient appris pendant vingt-cinq ans.

Nous connaissons les grands hôtels internationaux. Ils peuvent être extraordinaires, mais certaines personnes recherchent autre chose : davantage d’humanité, de rencontres, de confidentialité. Elles veulent un service exceptionnel sans nécessairement avoir l’impression d’être isolées dans leur villa et coupées de tout.

COZY est né de cette réflexion.

L’art semble avoir été présent dans le projet avant même votre rencontre avec Richard Orlinski…

Oui, absolument. COZY a été imaginé autour de l’art, de la décoration et de l’architecture.

Je suis passionnée par la décoration et la création. Nous avons travaillé avec des artisans locaux, dessiné du mobilier sur mesure et choisi énormément de matières liées à Zanzibar et à la Tanzanie.

Nous avons de la pierre de corail fossilisée, du bois sculpté, des coquillages, du terrazzo… Dans les salles de bains, par exemple, nous voulions un terrazzo extrêmement blanc. Nous avons sourcé du quartz de Tanzanie et des femmes ont trié les pierres à la main pendant plusieurs mois pour retirer les impuretés sombres. Cela peut paraître excessif, mais c’est ce niveau de détail que nous voulions.

Orlinski x Cozy Zanzibar
Suite at the Villa Orlinski

Comment Richard Orlinski est-il entré dans cette histoire ?

D’une manière assez improbable !

À ce moment-là, une équipe de 50′ Inside devait venir tourner à Zanzibar. Et un matin, je me suis réveillée avec une intuition : il me fallait des sculptures en lien avec l’Afrique et la faune, mais je ne voulais surtout pas simplement poser quelques œuvres dans l’hôtel.

J’ai immédiatement pensé à Richard. Pourtant, je ne le connaissais absolument pas personnellement.

J’ai appelé une amie, Léa, qui le connaissait, et je lui ai demandé de nous mettre en relation. Elle m’a rappelée quelques minutes plus tard en me disant : « Il a cinq minutes à t’accorder. »

Finalement, nous sommes restés près de deux heures et demie au téléphone ! Le courant est immédiatement passé et nous sommes allés beaucoup plus loin que mon idée initiale.

Qu’est-ce qui vous a convaincue que son univers pouvait fonctionner à Zanzibar ?

Justement parce que je ne voulais pas reproduire l’image que l’on associe immédiatement à Richard.

Lorsque l’on pense à son travail, on imagine souvent ses sculptures facettées, très pop, avec des couleurs extrêmement fortes. Cela fonctionne dans certains environnements, mais COZY possède une identité beaucoup plus épurée et naturelle.

Je lui ai donc proposé quelque chose d’assez audacieux : prendre son langage artistique et l’amener sur un terrain où on ne l’attend pas.

Richard a tout de suite compris que son univers devait s’adapter à COZY, et non l’inverse.

Orlinski x Cozy Zanzibar
COZY lounge at THE VILLA ORLINSKI.

C’est ainsi qu’est née La Villa Orlinski ?

Oui. Nous avons décidé de pousser la collaboration jusqu’à créer une véritable villa autour de son univers.

Mais encore une fois, ce n’est pas une galerie Orlinski transposée à Zanzibar. Ses œuvres participent réellement à l’architecture et à l’expérience du lieu.

La Villa Orlinski fait 850 m² et comprend trois suites de 70 à 90 m², des espaces de vie, une cuisine ouverte, des lounges extérieurs, un rooftop et une piscine privée de 10 mètres sur 5. Elle dispose également d’un service de majordome dédié.

Orlinski x Cozy Zanzibar
COZY exterior at THE VILLA ORLINSKI.

Vous avez surtout souhaité personnaliser les œuvres de Richard Orlinski. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Je lui ai dit : « J’ai envie que nous allions plus loin. »

Nous avons commencé à imaginer ses sculptures avec des coquillages, des cauris, des perles ou des références aux colliers massaïs. Nous avons conservé son ADN, notamment ses facettes caractéristiques, mais en le faisant dialoguer avec Zanzibar.

C’est une nouvelle manière d’aborder son travail. Elle est à la fois inattendue et très audacieuse.

Orlinski x Cozy Zanzibar
COZY Ground floor suite at THE VILLA ORLINSKI

Le Kong, l’une de ses œuvres les plus reconnaissables, devient notamment une pièce maîtresse de la villa…

Oui. Nous avons travaillé sur une tête de Kong totalement personnalisée qui prend place sur un grand mur du living-room de la villa.

Autour, l’architecture reprend le travail de facettes que l’on retrouve dans l’univers de Richard, tandis que la sculpture intègre notamment des coquillages et des cauris.

Lorsque vous entrez dans la villa, cette œuvre devient immédiatement une signature visuelle. Mais elle reste intégrée à l’atmosphère du lieu. C’est exactement ce que nous recherchions.

Orlinski x Cozy Zanzibar
Tête de Kong Orlinski

D’autres animaux emblématiques de Richard Orlinski vont-ils investir COZY ?

Oui. Il y a notamment la panthère, installée sur le rooftop, mais également d’autres pièces de son bestiaire. Nous avons travaillé autour du Kong, de la panthère ou encore de l’éléphant.

Ce qui est intéressant, c’est la rencontre entre ces animaux emblématiques de Richard et l’Afrique. On parle d’ailleurs d’une rencontre entre « la faune sauvage de l’Afrique et l’imaginaire pop et sculptural de l’artiste ». C’est exactement cela.

Est-ce finalement une manière de transformer l’hôtel lui-même en œuvre d’art ?

Je dirais plutôt que l’art fait partie de l’expérience.

Je ne voulais surtout pas d’un hôtel où l’on accroche quelques tableaux aux murs en disant ensuite que l’établissement est artistique.

Chez COZY, l’art doit dialoguer avec l’architecture, le mobilier, les matières, la lumière et le paysage. Il y aura Richard, bien sûr, mais également d’autres artistes, notamment africains.

L’art ne doit pas être une décoration ajoutée à la fin. Il doit faire partie de l’âme du lieu.

Cette collaboration avec Richard Orlinski pourrait-elle continuer à évoluer après l’ouverture ?

Oui, parce que nous sommes encore en train de travailler sur certaines pièces.

C’est ce qui est passionnant dans cette collaboration : elle n’est pas figée. Nous pouvons imaginer de nouvelles personnalisations, de nouvelles sculptures ou de nouveaux dialogues avec les espaces.

COZY doit rester vivant.

Au-delà de La Villa Orlinski, comment avez-vous imaginé le reste de l’hôtel ?

Nous avons seulement huit suites beachfront de 60 m², toutes différentes et personnalisées. L’hôtel possède également une grande piscine de 20 mètres sur 10, plusieurs lounges, un rooftop, une salle de fitness ainsi que des espaces dédiés aux massages, au yoga et à la méditation.

COZY est réservé aux adultes. Nous voulons préserver une atmosphère calme, confidentielle et chaleureuse.

Cozy Zanzibar

Pourquoi avoir choisi Makunduchi plutôt qu’une zone beaucoup plus touristique de Zanzibar ?

Précisément parce que Makunduchi est encore préservé.

Nous sommes face au lagon, dans un environnement où la vie du village existe toujours. Nous ne voulions pas nous retrouver au milieu d’une succession de grands resorts.

Nous sommes à environ quinze minutes de Paje, donc rien n’est inaccessible, mais lorsque vous êtes chez nous, vous ressentez vraiment cette impression d’être ailleurs.

Le mot « COZY » traduit-il finalement davantage une philosophie qu’un positionnement hôtelier ?

Exactement. COZY signifie pour nous quelque chose de chaleureux, d’intime, de convivial.

Nous voulons de la confidentialité, mais pas de l’isolement. Il y aura par exemple une grande table d’hôtes permettant aux voyageurs qui le souhaitent de se rencontrer.

Nos clients peuvent être des personnalités, des ambassadeurs ou simplement des personnes habituées à voyager dans de très beaux endroits. Ce qu’ils recherchent souvent aujourd’hui, ce n’est plus uniquement le luxe matériel. Ils veulent une expérience humaine.

Vous ne souhaitez d’ailleurs pas transformer la piscine en beach-club permanent…

Non ! Je veux entendre la mer.

Nous pourrons ponctuellement organiser des soirées avec des DJ ou inviter des artistes locaux et internationaux, mais je ne veux pas de musique en permanence autour de la piscine.

Le luxe, c’est aussi pouvoir écouter le bruit de l’océan.

La gastronomie participera-t-elle à cette philosophie ?

Évidemment. Nous aurons un restaurant bistronomique qui mélangera produits locaux et influences internationales.

Nous voulons travailler les poissons, les crustacés, le thon, la noix de coco, le riz pilaf… mais toujours avec une approche contemporaine.

Nous avons également acquis un terrain à proximité sur lequel nous souhaitons développer notre propre potager. À terme, j’aimerais que les clients puissent aller cueillir certains produits puis participer à un cours de cuisine.

Restaurant Cozy Zanzibar

Votre vision de Zanzibar implique aussi certaines limites éthiques dans les activités proposées…

Oui. Nous voulons faire découvrir Zanzibar, mais pas à n’importe quel prix.

Nous proposerons des sorties en mer, du snorkeling, de la plongée, du kitesurf, la découverte de Stone Town, des forêts ou encore des safaris privés en Tanzanie continentale.

En revanche, certaines excursions utilisant des animaux captifs ne correspondent pas à nos valeurs. Ce n’est pas quelque chose que nous souhaitons cautionner ou proposer à nos clients.

Vous assumez également un choix commercial assez radical : ne pas être présent sur les grandes plateformes de réservation…

Oui, et nous savons que c’est un pari.

Nous ne voulons pas être simplement un hôtel supplémentaire au milieu de centaines d’autres établissements sur une plateforme. COZY repose précisément sur la confidentialité et sur une distribution très sélectionnée.

Les réservations passeront donc directement par nous ou par des agences partenaires avec lesquelles nous avons construit des relations. C’est cohérent avec notre histoire de tour-opérateur et avec le type de clientèle que nous souhaitons recevoir.

Après quatre années de réflexion et près de trois années de travaux, qu’aimeriez-vous que les premiers clients ressentent en découvrant COZY ?

Qu’ils sentent une âme. Notre signature est d’ailleurs : « More than a feeling. It is a Soul. »

Je voudrais qu’ils découvrent les détails, qu’ils regardent les matières, les œuvres, qu’ils comprennent le travail réalisé avec les artisans. Qu’ils puissent évidemment profiter d’une très belle villa ou d’une très belle suite, mais qu’ils ressentent quelque chose qui ne peut pas simplement se résumer au nombre de mètres carrés.

Et avec Richard, c’était exactement notre ambition : ne pas simplement exposer de l’art, mais permettre de vivre avec lui.


Informations pratiques

COZY Zanzibar
Makunduchi, South Zanzibar, Tanzanie
À environ 15 minutes de Paje.
Ouverture : décembre 2026 — Isabelle Azuelos indique lors de l'entretien une ouverture fixée au 4 décembre 2026. 
Hébergement : 8 suites beachfront de 60 m², auxquelles s'ajoute La Villa Orlinski, résidence de 850 m² comprenant trois suites de 70 à 90 m², piscine privée, rooftop, lounges et majordome. Établissement Adults Only, uniquement sur réservation. 
Site officiel : COZY Zanzibar