Il a accompagné certaines des plus grandes figures du cinéma français avant de devenir producteur et de transposer une partie de son expérience d’agent dans le phénomène télévisuel Dix pour cent. Mais derrière la carrière de Dominique Besnehard se cache également une relation beaucoup plus intime avec Brides-les-Bains. Bien avant d’y créer un festival, il venait dans cette station thermale savoyarde pour effectuer ses cures, s’éloigner du rythme effréné de Paris et reprendre soin de lui. Au fil des années, des comédiens et amis l’y rejoignent, de Gérard Depardieu à Laura Smet. Puis le cinéma finit naturellement par s’y installer. Né dans le prolongement du Festival du Film Francophone d’Angoulême, le rendez-vous de Brides-les-Bains en célébrait cette année sa 13e édition, du 30 septembre au 4 octobre 2026, avec près d’une trentaine de projections, des avant-premières, des rencontres et Virginie Ledoyen comme invitée d’honneur. Une « cure de cinéma » qui doit beaucoup à l’attachement très personnel de son fondateur pour la station.

Avant de parler du festival, votre histoire avec Brides-les-Bains est d’abord très personnelle. Comment avez-vous découvert la station ?
Dominique Besnehard : À l’époque où j’étais agent, j’avais des problèmes de poids et je suis venu faire une cure à Brides-les-Bains avec une amie. Ensuite, j’ai continué à revenir chaque année.
À l’époque, ce n’était pas forcément très chic de dire à ses amis : « Je vais à Brides-les-Bains ! » On me demandait pourquoi je n’allais pas plutôt à Quiberon ou ailleurs. Mais moi, c’est ici que je me ressourçais.
Avec le recul, je pense même que Brides m’a permis de tenir aussi longtemps dans ce métier. C’était l’endroit où je pouvais enfin respirer et prendre soin de moi. J’ai un attachement extrêmement fort à cette station. D’une certaine manière, elle m’a sauvé.

Vous arriviez réellement à couper avec votre vie d’agent pendant vos cures ?
Oui. Je venais généralement deux semaines et c’était une vraie déconnexion.
Être agent demande énormément d’énergie. Vous êtes constamment au service des autres, au téléphone, en train de gérer les carrières, les problèmes, les films, les producteurs… Ici, je pouvais enfin m’occuper de moi.
Je choisissais généralement la deuxième partie du mois d’août parce que le milieu du cinéma était davantage en vacances. Je pouvais donc respirer un peu.
Mais assez rapidement, vos artistes ont commencé à vous rejoindre à Brides-les-Bains…
Oui ! Finalement, tout le monde est venu me voir ici.
Gérard Depardieu est venu, Laura Smet également… J’ai vécu beaucoup de moments avec des artistes à Brides-les-Bains, notamment à l’Hôtel Le Verseau.
Ils venaient parfois presque incognito. C’était assez amusant parce que ce lieu qui était initialement ma parenthèse personnelle est progressivement devenu un endroit que j’ai partagé avec les gens que j’aimais.

Brides-les-Bains est aussi associé pour vous à des souvenirs beaucoup plus intimes…
Oui. Je me souviens notamment d’être venu ici avec Samuel Benchetrit et Laura Smet après la disparition de Marie Trintignant.
Nous avions besoin de nous retrouver, de nous reposer et d’essayer d’oublier un peu le drame. Brides a aussi été cela pour moi : un refuge dans certains moments difficiles de ma vie.
Ce n’est donc pas simplement une station où j’ai décidé un jour d’organiser un festival. Il y a derrière cela plusieurs décennies de souvenirs personnels.

Comment passe-t-on justement d’une cure thermale à la création d’un festival de cinéma ?
Le déclic est notamment arrivé autour de Mince alors !, le film de Charlotte de Turckheim, qui avait évidemment un lien très fort avec Brides-les-Bains. Le film avait très bien marché, avec environ 1,5 million d’entrées.
À un moment, Didier, qui dirigeait alors la cure, m’a dit : « Pourquoi ne ferait-on pas un festival ici, comme à Angoulême ? »
Et l’idée était finalement assez évidente.
Nous avions déjà le Festival du Film Francophone d’Angoulême. Nous pouvions imaginer une déclinaison à Brides qui permette de montrer des films et de créer un véritable rendez-vous cinématographique dans la station.
Treize éditions plus tard, le festival est toujours là.

Cette 13e édition confirme-t-elle que le rendez-vous a trouvé son public ?
Oui, et c’est ce qui me touche beaucoup.
Il y a désormais des gens qui organisent leur cure en fonction des dates du festival. Ils reviennent à cette période parce qu’ils savent qu’en plus de leurs soins, des promenades et de la lecture, ils vont pouvoir découvrir des films.
Cela a apporté une animation supplémentaire à la station et créé une vraie attente.
Cette année encore, il y avait du monde dès le début du festival. Les gens me connaissent ici, ils connaissent mon attachement à Brides et je pense qu’une relation de confiance s’est créée avec le public.
Le festival ne propose pas uniquement des comédies. C’est important pour vous ?
Très important.
Bien sûr, Brides-les-Bains possède cette image de bien-être et de convivialité, et la comédie a toute sa place. Mais je ne veux surtout pas que le festival se limite à cela.
Le public peut découvrir des films plus difficiles, des œuvres qui parlent de la société, des films qui interrogent notre époque.
Je pense que les spectateurs sont parfaitement capables de passer d’une comédie à un film beaucoup plus exigeant. Il ne faut jamais sous-estimer le public.

Cette année, près de trente projections ont été programmées. Comment imaginez-vous la sélection ?
Je veux avant tout montrer la diversité du cinéma francophone.
Il y a évidemment un lien très fort avec Angoulême puisque Brides permet notamment de retrouver des films qui y ont été présentés ou récompensés, mais aussi des avant-premières et des séances spéciales.
Ce qui m’intéresse surtout, c’est que le cinéma vienne jusqu’au public. Brides est une petite station : lorsque des acteurs, réalisateurs ou producteurs viennent présenter leur film, la relation est beaucoup plus directe.
Virginie Ledoyen était l’invitée d’honneur de cette édition. Que représente sa présence ?
C’est une comédienne qui possède une véritable histoire avec le cinéma français et avec le public.
C’est exactement ce qui m’intéresse dans un festival comme Brides : permettre aux spectateurs de revoir une personnalité qu’ils connaissent depuis longtemps, mais aussi de découvrir de nouveaux comédiens et de nouveaux films.
Il faut créer un dialogue entre les générations.
Vous avez été l’un des agents les plus importants du cinéma français. Le métier d’agent a-t-il profondément changé depuis votre époque ?
Énormément. Je trouve notamment qu’il y a aujourd’hui moins d’humain.
Mais je ne dis pas cela en considérant que tout était mieux avant. Le monde est simplement devenu beaucoup plus rapide.
Il y a désormais les réseaux sociaux, une multitude de moyens de communication et une pression permanente. Une carrière peut démarrer extrêmement vite, mais elle peut également retomber très rapidement.
À mon époque, le rythme était plus paisible. Nous avions davantage le temps de construire une carrière.
Les réseaux sociaux permettent pourtant de devenir célèbre beaucoup plus rapidement…
Oui, mais être connu sur les réseaux sociaux ou faire la couverture d’un magazine ne signifie pas nécessairement que l’on s’inscrit durablement dans l’imaginaire du grand public.
C’est une distinction importante.
Quand j’observe le public d’un festival, je vois très clairement la relation que certaines personnalités ont construite avec les spectateurs pendant vingt, trente ou quarante ans.
Est-il donc devenu plus difficile de fabriquer de véritables stars de cinéma ?
Je pense que oui.
À Angoulême, par exemple, Gérard Lanvin avait été extrêmement applaudi. Pourquoi ? Parce qu’il représente des décennies de films et de souvenirs pour le public.
Marlène Jobert appartient également à cette génération de comédiennes qui ont profondément marqué les spectateurs.
Aujourd’hui, tout va tellement vite que la question est de savoir si les nouvelles stars réussiront à rester aussi longtemps dans l’imaginaire collectif.
Certaines actrices ont justement choisi de diversifier leur carrière pour durer…
Oui. Regardez Béatrice Dalle, Sandrine Bonnaire, Sophie Marceau ou Emmanuelle Béart : certaines ont beaucoup travaillé au théâtre.
Je pense qu’aujourd’hui il faut probablement multiplier les expériences, se réinventer et ne plus dépendre uniquement du cinéma.
Une carrière est beaucoup moins linéaire qu’autrefois.
Vous refusez pourtant de tomber dans le discours du « c’était mieux avant »…
Parce que ce serait faux.
Je ne veux surtout pas parler comme quelqu’un qui considérerait que ma génération était meilleure.
Lorsque je suis arrivé à Paris en 1973 et que je suis entré à la Rue Blanche, beaucoup des personnes avec lesquelles j’étudiais ont ensuite pu devenir acteurs et travailler.
Aujourd’hui, c’est beaucoup plus difficile. Il y a énormément de talents, énormément de concurrence et tout va beaucoup plus vite.
Je trouve donc au contraire que les jeunes acteurs doivent faire face à une situation extrêmement exigeante.
Un festival comme Brides-les-Bains peut-il justement aider à remettre l’humain au centre du cinéma ?
C’est exactement ce que j’aime ici.
Nous ne sommes pas dans une énorme machine. Les spectateurs croisent les artistes, discutent avec eux, les équipes présentent leurs films et tout le monde se retrouve dans le village.
Le cinéma doit aussi rester cela : une rencontre.
On peut avoir toutes les plateformes et tous les réseaux sociaux du monde, rien ne remplacera complètement le moment où une salle s’éteint, où un film commence et où des spectateurs vivent ensemble la même histoire.
Après treize éditions, êtes-vous encore surpris de voir ce festival continuer à grandir ?
Oui, parce qu’au départ c’était presque une idée lancée comme cela, à partir de mon histoire personnelle avec Brides.
Aujourd’hui, les gens connaissent le rendez-vous, certains viennent spécialement à cette période et le festival participe à la vie de la station.
Cela me rend très heureux parce que Brides m’a beaucoup donné.
Pendant des années, je suis venu ici pour me ressourcer et continuer à exercer mon métier. Finalement, créer ce festival était peut-être ma manière de lui rendre quelque chose à mon tour.
Informations pratiques
Festival du Film Francophone d’Angoulême via Brides-les-Bains
La 13e édition s’est déroulée du 30 septembre au 4 octobre 2026 à Brides-les-Bains, avec près de trente projections, des avant-premières, des films issus du Festival du Film Francophone d’Angoulême, des rencontres avec les équipes et des séances événement. Virginie Ledoyen en était l’invitée d’honneur.
Cinéma Le Doron
Place du Centenaire
73570 Brides-les-Bains – Savoie
Les projections de l'édition 2026 étaient proposées au tarif de 6 € la séance.
Informations et programmation :
Site officiel de Brides-les-Bains – Festivals et événements
Le Festival du Film Francophone d'Angoulême via Brides-les-Bains a été créé par Dominique Besnehard. Il propose chaque année une sélection de films francophones, avant-premières, séances événement et rencontres avec les professionnels du cinéma.