Certains champagnes réunissent en une seule bouteille toute l’histoire d’un vignoble. Et parfois, d’autres choisissent de ne raconter qu’un seul morceau de terre. Avec Les Gouges 2022, Jean-Marc Charpentier fait ce pari. À Saulchery dans la Vallée de la Marne, le vigneron met en lumière une seule parcelle de 1,02 hectare en produisant un champagne rosé de saignée dans lequel le Pinot Meunier obtient le premier rôle. Une cuvée qui ouvre sa collection “Les Mono-Parcelles », en laissant un lieu raconter sa propre histoire.

Quand le Pinot Meunier dialogue
Rouge rubis, fines bulles, notes de griotte et de fruits rouges… Les Gouges ne manque pas de matière pour entrer en scène. Une pointe de réglisse se glisse au nez, tandis qu’en bouche, les fruits ne perdent pas leurs croquants. La fraîcheur est elle aussi au rendez-vous et soutenue par une légère pointe acidulée qui donne du relief à l’ensemble.
Le Pinot Meunier compose 88 % de la cuvée, complété par 8 % de Pinot Noir et 4 % de Chardonnay. Un choix qui fait belle part à ce cépage de la Vallée de la Marne, cher à Jean-Marc Charpentier. Avec un dosage extra-Brut de 3,4 g/l, le vin mise plus sur l’équilibre que sur les effets de manche.
À déguster autour de 12 °C, il a surtout un argument de taille puisqu’il ne demande pas forcément d’attendre le dessert pour sortir le bout de son nez. Conçu comme un champagne de gastronomie, il est fait pour prendre place à table.
Tout commence sous terre

Pour saisir ce qui se joue dans le verre, il faut prendre la direction de Saulchery. La parcelle Les Gouges est plantée en 1981 et s’étire sur un coteau argilo-calcaire. En profondeur, un sous-sol de calcaire tendre du Lutétien s’impose par la présence importante de pierres meulières et de silex.
C’est ainsi le point de départ du travail de Jean-Marc Charpentier, qui gère un vignoble de 24 hectares répartis en 72 parcelles, principalement à Charly-sur-Marne et à Saulchery. Plutôt que de traiter son vignoble comme un ensemble uniforme, il s’attache à en comprendre les nuances parcelle après parcelle.
Et cela se joue bien avant la dégustation. Les vendanges sont manuelles, les raisins font l’objet d’un tri très sélectif et la date de récolte est choisie pour chaque parcelle pour obtenir une maturité maximale. Une précision qui ne doit rien au hasard mais surtout à l’observation.
La démarche s’inscrit dans un travail engagé depuis 2009 pour l’agriculture biologique et la biodynamie. Le vignoble est certifié en agriculture biologique depuis 2021 et en biodynamie depuis 2023. En bref, le terroir ne sert pas seulement à situer le champagne sur une carte ; il est au cœur de la réflexion du vigneron.
Une parcelle, un millésime

Avec la collection « Les Mono-Parcelles », Jean-Marc Charpentier choisit de mettre en avant trois parcelles singulières de son vignoble, chacune révélant une expression particulière de son terroir. Les Gouges ouvre cette trilogie, qui se poursuivra au printemps 2027 avec Les Barbottes, en Pinot Meunier et Les Ânes, un blanc de Chardonnay.
Le projet a comme un petit quelque chose du portrait de famille… Les trois cuvées appartiennent au même domaine mais chacune doit pouvoir affirmer ses traits. Le vignoble de Jean-Marc Charpentier se compose de 45 % de Chardonnay, 40 % de Pinot Meunier et 15 % de Pinot Noir. Autant de matières et de lieux à explorer sans chercher à faire entrer chaque vin dans le même moule.
Les Gouges ne sera d’ailleurs élaborée que lorsque le millésime permettra à la parcelle d’exprimer à 100% sa personnalité. Une cuvée qui ne cochera pas la case du rendez-vous annuel mais qui se présente plutôt saisissable au bon moment. En Champagne aussi, savoir attendre fait partie du métier.
Un rosé qui accompagne la table

Pour accompagner Les Gouges, le domaine suggère un foie gras poêlé, un canard sauvage aux airelles, du jambon ibérique ou des ris de veau aux morilles. Des assiettes de caractère dans lesquelles la richesse du plat peut et va trouver un contrepoint dans la fraîcheur du vin et dans ses notes de fruits rouges.
Le champagne prend alors une autre dimension ; celle du compagnon de table plutôt que du simple verre pour trinquer. C’est l’intention même de la cuvée qui conjugue fruit, fraîcheur et expression du terroir.
Une première parcelle mise en bouteille mais l’ histoire ne s’arrête pas là car le prochain chapitre se jouera au printemps 2027. Et comme le rappelle cette cuvée, le terroir a parfois bien plus à dire lorsqu’on lui laisse de la place.
Avec 3 826 bouteilles produites, Les Gouges est une édition limitée, destinée à la France et à l’international.
Elle est proposée à 120 euros chez les cavistes et sur le site du domaine.
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