À travers l’exposition Il restera la gravité, présentée à la galerie Anne-Laure Buffard, Adrianna Wallis dialogue avec l’œuvre de sa grand-mère Diane Esmond, artiste spoliée pendant la Seconde Guerre mondiale. Une traversée sensible où mémoire familiale, histoire collective et poésie des objets se rejoignent pour lutter contre l’effacement. À retrouver jusqu’au 16 juin 2026.

En 2021, Adrianna Wallis apprend que sa grand-mère, la peintre Diane Esmond, a été victime des spoliations nazies. Cette révélation bouleverse son travail artistique et donne naissance à Il restera la gravité. L’artiste plonge alors dans les archives constituées après-guerre par les familles juives contraintes de reconstituer, de mémoire, la liste de leurs biens disparus. Derrière ces inventaires de cuillères, de tissus ou de tableaux se dessine une histoire de l’absence que Wallis entreprend de rendre visible.
La mémoire des objets comme matière artistique
Photographies, performances, installations et textes peints composent un parcours où les objets ordinaires deviennent porteurs de récits. Dans ses séries, Adrianna Wallis explore ce qui subsiste lorsque les choses ont disparu : leur poids symbolique, leur souvenir, leur trace.

Des étoffes réapparaissent par frottage, des natures mortes semblent basculer dans le vide, tandis que des fragments d’inventaires renaissent sous forme d’œuvres. À travers ces gestes simples, l’artiste transforme l’archive en expérience sensible.
Le dialogue retrouvé entre deux générations d’artistes
L’exposition met en regard les créations contemporaines d’Adrianna Wallis et les peintures de Diane Esmond. Longtemps oubliée, l’œuvre de cette dernière connaît aujourd’hui une redécouverte progressive.

Formée à Paris avant-guerre, exilée à New York puis revenue en France après le conflit, Diane Esmond a développé une peinture libre où paysages, ateliers et natures mortes basculent vers une forme d’abstraction habitée par le souvenir. La confrontation des œuvres révèle une filiation artistique fondée sur la persistance de la mémoire.

Une réflexion sur l’absence et la transmission
Au-delà du récit familial, Il restera la gravité interroge notre rapport aux objets, aux héritages et aux disparitions. Que reste-t-il lorsqu’un appartement est vidé, lorsqu’une œuvre est détruite, lorsqu’un souvenir s’efface ?

Pour Adrianna Wallis, il demeure une force invisible comparable à la gravité : une présence qui continue d’agir malgré l’absence. Entre histoire intime et mémoire collective, l’exposition affirme la capacité de l’art à faire ressurgir ce qui semblait perdu et à transmettre, de génération en génération, ce qui refuse de disparaître.
Plus d'informations :
Site web : annelaurebuffard.com
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
Adresse : 6 rue Chapon 75003, Paris
Courriel : contact@annelaurebuffard.com
